Le roi, au terme de trois semaines d'incessantes manifestations et de violentes confrontations avec les forces de l'ordre, vient d'apparaître à la télévision. Il a accepté de convoquer, vendredi 28 avril, un Parlement qu'il avait fait dissoudre en 2002. Le roi a cédé, mais personne ne dit "vive le roi !" : le vendredi précédent, il avait déjà consenti à laisser les sept partis de l'alliance de l'opposition démocratique former un gouvernement, lui "recommander" un premier ministre et convoquer de prochaines élections. Mais ce compromis n'avait pas été jugé suffisant par ses adversaires.
L'annonce du roi suffira-t-elle à désamorcer la crise ? Mardi à 1 heure du matin, des centaines de manifestants ont marché vers le centre-ville, se réunissant autour du parc Ratna, lieu de rassemblement des manifestations politiques népalaises. "Oui, les maoïstes devraient être associés au pouvoir, dit Krishna Adhikari, étudiant en mathématiques, mais à la condition qu'ils déposent les armes !" "On veut le départ du roi, mais on n'a pas confiance en ces partis soi-disant démocratiques et corrompus qui nous ont dirigés depuis des années", ajoute Ram Prasad Bista, un autre étudiant. Dans un pays où les deux tiers de la population a moins de 35 ans, cette victoire appartient à la jeunesse des rues et des campus.
Pour l'arrogant monarque monté sur le trône en 2001 – au lendemain d'un massacre qui vit son frère, feu le roi Birendra, tué au fusil d'assaut par son propre fils en compagnie d'une bonne partie de la famille régnante –, il est difficile d'imaginer plus cuisante humiliation. Mais beaucoup se demandent si Gyanendra peut sauver sa couronne et la monarchie. Le roi, de l'avis des observateurs, journalistes népalais et diplomates, a tellement tardé à prendre les décisions nécessaires que le mouvement populaire a largement débordé ses initiateurs : les partis politiques qui s'étaient partagé le pouvoir durant des années, depuis la restauration de la démocratie par le roi Birendra, en 1990.
Depuis dix ans, la guérilla maoïste contrôle une bonne partie des collines et des montagnes, s'imposant politiquement et infligeant de lourdes défaites à l'armée, sans s'avérer capable de vaincre par les armes. "Aujourd'hui, derrière les manifestants, il y a les 'maos', explique Rajendra Dahal, rédacteur en chef du magazine Himal. Dans les campagnes, ils demandent à chaque famille d'envoyer un combattant. A Katmandou, ils sont partout et ce sont eux qui poussent la foule à la radicalisation extrême." Dans la capitale, aucun homme d'affaires, aucune entreprise, aucun commerçant n'échappe au racket des admirateurs de la "pensée de Mao Zedong".